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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 07:22
Channel n° 33 - Carré  de la sale guerre propre - Assemblage mixte © Pascal  Levaillant 2015

Channel n° 33 - Carré de la sale guerre propre - Assemblage mixte © Pascal Levaillant 2015

Channel n° 33 - Carré de la sale guerre propre - Assemblage mixte © Pascal Levaillant 2015

La série « Channel » commencée en 2014 est constituée actuellement d'une quarantaine d'opus mosaïque-assemblage dont les matières proviennent des ressources naturelles du littoral, des laisses de fleuve et de mer, de bois de barque, bois flotté de palette, bois des forêts et des chemins, bois de la plage, et des nombreux rebuts et déchets que l’on trouve en pleine nature, en bord de Seine ou au bord du littoral français.

Ce "Channel" n°33 m'a été inspiré par mes collectages en basse vallée de Seine, sur les plages du Pays de Caux - bord de Seine et plus particulièrement sur la plage de Villequier - à Rives-en-Seine en proximité de la barre-y-Va et de la Roquette et par mes collectages en Cotentin, de la Manche (entre le Mont St Michel et Agon Coutainville)

Le titre "Channel" rend hommage aux "poilus" à la Grande Guerre dont mes deux grands pères, Jules et Frédéric.

Ce carré n° 33 est constitué de bois flotté, de bois de barque (Cotentin), de bois de palette (Seine)...

Mon assemblage de panneau de bois flotté et de bois d’épave collectés dans le Cotentin, Manche intitulé « carré de la sale guerre propre » fait à la fois référence à « la sale guerre » de 14-18 et à la fois à celles plus contemporaines (Algérie, Indochine et Koweït) dites « les sales guerres propres »

1916, c’est l’apparition de la version française d’un engin blindé, le char Schneider CA1 testé en février 1916 mais ce sont en septembre 1916 que d’autres blindés, les Tank Mark 1 qui dans la Somme connaitront « in situ » une douloureuse expérience car beaucoup furent brûlés, immobilisés par l’artillerie allemande. Ce fait créa cependant un effet de surprise dans les tranchées allemandes. 400 chars Schneider furent construits d’autres comme les Saint-Chamond supposés mieux armés, plus spacieux, offrant une meilleure visibilité s’avèreront moins opérationnels.

Ce sont les chars Schneider qui seront à l’offensive sur le Chemin des Dames en 1917.

100 ans déjà nous ramène encore à la guerre, à la blessure à la tête dont a souffert Apollinaire, combattant sur le front.

Il fut trépané mais mourut en 1918 de la suite de cette blessure.

Apollinaire, penseur du dadaïsme écrivit déjà en 1913 peu avant la grande Guerre : « On peut peindre avec ce qu’on voudra, avec des pipes, des timbres-poste, des cartes postale ou à jouer, des candélabres, des morceaux de toile cirée, du papier peint, des journaux » affirme-t-il avec ses mots en voyant la nature morte du compotier de Georges Braque en 1912.

Ce tableau du peintre cubiste introduit pour la première fois un objet réel dans la toile.

Picasso avait introduit dès 1911-1912 le collage dans son œuvre, il réalise une longue série de collages vite relayée par les assemblages dadaïstes.

On ne prélève plus simplement des reproductions imagées à des fins plastiques, mais des objets, entiers ou en morceaux dont la forte autonomie s’impose lira-t-on encore récemment.

100 ans déjà… nous ramène aux premières formes artistiques de l’assemblage dont les dadaïstes se sont emparés suivis par Calder, Man Ray, Louise Nevelson, Fièvre, Verbana, Dilhac, Gwezenneg, Viallat, François, Lacampagne, Dorny, Bourlier... et tous mes contemporains.

Bien avant notre période contemporaine: le peuple du Dorset a introduit de premières formes artistiques et chamaniques. L'art de cette civilisation s'est éteint de l’univers des cultures humaines il y a environ 500 ans mais n'a pas disparu puisque certaines pièces ont été retrouvées: Les masques grandeur nature sculptés dans du bois flotté, peints à l’ocre rouge et rendus vivants par des traits de tatouages incisés sont probablement la forme première connue de l’ « assemblage », antérieure au dadaïsme puisque certains masques ont été crées à partir d'assemblage de plusieurs pièces de bois flottés (3).

Masque, Dorset fig.2 in Upside down - les arctiques - édition Musée du quai Branly et la Réunion des musées nationaux, 2008, Paris, p.51, chapitre Dorset, l’art du peuple du Dorset, p.45-75.

Mc Ghee, R., Ancient people of the Artic, UBC Press, Vancouver, 1996, p.135-148

Masque, Dorset fig.3 in Upside down - les arctiques - édition Musée du quai Branly et la Réunion des musées nationaux, 2008, Paris, p.52, chapitre Dorset, l’art du peuple du Dorset, p.45-75.

Mc Ghee, R., Ancient people of the Artic, UBC Press, Vancouver, 1996, p.23-43

Depuis douze ans je détourne activement les minéraux et les végétaux environnants valorisant ainsi leur diversité.

Ma démarche s’inscrit dans projet esthétique élaboré à partir d’éléments naturels collectés, sélectionnés, installés in situ (en pleine nature) ou intra-muros de lieux culturels et patrimoniaux.

La direction affichée est de promouvoir l’art de la nature, avec la nature tout en respectant l’environnement dont je prélève les matières issues du règne minéral, végétal et peu ou prou animal.

Créer avec et au sein du règne végétal, minéral et animal est une expérience, qui me permet de continuer d’entretenir un rapport intime avec la nature et dans la nature.

La nature est la plus belle des palettes pour le plasticien.

Ainsi sélectionnés ils deviennent motif, matériau, matière, support pour la création.

Le végétal et le minéral offrent une diversité, une mosaïque de couleurs sans limite à l’égal de l’infinie richesse des tonalités trouvées dans la nature à l’état naturel au gré des balades, des collectages, des collections de feuilles, feuillages, bois, roches, galets, graviers, coquillages, minéraux ou manufacturé: rebut, déchet que la mer et les eaux rejettent et repoussent sur les plages du fleuve ou du littoral : textiles, matières, fibres, plastiques, cordages, flotteurs…

Incorporer ces matières dans la création est une démarche artistique contemporaine à l’instar de la photographie, l’architecture, les arts décoratifs, le paysage végétal, les jardins, la vidéo…

Mon langage poétique et plasticien s'exprime avec la nature et par la nature que je passe au crible. Je suis un "ambassadeur de la nature", une vraie seconde nature par laquelle j'assouvis mon activité de cueilleur, glaneur.

Ma démarche est une forme de passerelle entre l'art d'aujourd'hui et des formes plus anciennes comme l'art des peuples arctiques (peuple du Dorset notamment) et celle plus contemporaine tel le dadaïsme dont Apollinaire en 1913 a jeté les prémices par son manifeste: "On peut peindre avec ce qu'on voudra, avec des pipes, des timbres-poste, des cartes postales ou à jouer, des candélabres, morceaux de toile cirée, du papier peint, des journaux" (Picasso - Braque...)

Le dadaïste Kurt Schwitters proposera ainsi de "déformuler" les débris, de redonner à ce qui a été mis en pièces une dignité nouvelle, de permettre à ces "restes d'accéder au "ciel des ordures". Jean Arp qui lui était contemporain et proche adoptera une démarche voisine avec sa trousse d'un Da ( 1920), bois flotté cloué sur bois.

Un peu plus tard Louise Nevelson contribua à l'émergence de l'assemblage avec des matériaux naturels ou détournés puisés dans l'environnement immédiat.

Pour moi, l'assemblage, tout comme la mosaïque est un procédé permettant de créer des représentations concrètes ou abstraites d'où surgissent l'image, le motif.

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Published by melodymaker
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